Les 5 tensions de l'animateur.

Publié le par comado

Au congrès Ecclésia, Christian Philibert avait présenté le travail d'ainé dans la foi, entre tensions et points d'équilibre. Monseigneur Hubert Herbreteau a développé ces 5 points pour nous.

 

Les cinq tensions de l’animateur

 

Introduction

Une affirmation de Paul RICŒUR pour commencer : « Toute société a la charge de la transmission transgénérationnelle de ce qu’elle tient pour ses acquis culturels. »  La raison fondamentale  réside en ceci « qu’apprendre, c’est pour chaque génération faire l’économie de tout réapprendre à chaque fois »[1]. L’enseignement, mais aussi tous les domaines de l’existence sont concernés par cette responsabilité. La famille demeure toujours le lieu par excellence de la transmission.

Dès lors, comment ne pas être trop négatif vis-à-vis de l’école et la famille ? Pour sortir d’une attitude culpabilisante, il importe d’abord de regarder dans quel contexte de société se situe le propos sur la transmission. Certes, la transmission est difficile lorsque les familles sont éclatées, lorsque que le système scolaire souffre d’un manque de motivation de la part des jeunes, lorsque la société n’offre pas de repères moraux assez clairs.

D’ailleurs, il suffit de faire quelques observations pour se rendre compte qu’il y a vraiment une crise de transmission. Des enseignants constatent le manque de culture religieuse. Comment faire goûter certains textes en littérature ? Comment étudier une œuvre d’art si les élèves n’ont aucune  connaissance biblique ?  Des éducateurs déplorent que les règles de politesse, ou tout simplement de langage ne semblent pas acquises, des animateurs de mouvements de jeunes découvrent que les valeurs de solidarité, de respect ou de tolérance sont parfois inexistantes. C’est un fait, il y a une crise de transmission. Mais dans quel contexte actuel apparaît-elle ?

La transmission est en crise parce que la société n’a plus aujourd’hui les systèmes idéologiques ou religieux qui permettaient autrefois d’indiquer un sens de l’existence. L’interprétation des situations, des événements entrait dans des schémas de pensées, des conceptions du monde préétablies. Les mythes jouaient, par exemple, une fonction rassurante puisque toutes les grandes questions de la vie trouvaient une explication. Dans ce contexte, l’important était d’écouter l’ancien, de prendre conseil auprès de lui, de respecter sa sagesse. La transmission se faisait d’une génération à une autre. Il n’était pas question de contester l’héritage.

Aujourd’hui, nous vivons dans le monde de l’éphémère : « Lorsque l’influence des ancêtres cède le pas aux suggestions des novateurs, les âges de coutume font place aux âges de mode » déclarait récemment le sociologue Lipovetsky. Le passé n’est plus le modèle à respecter et à reproduire.

De plus, l’idée de progrès qui a fait bouger toute une génération de militants n’existe plus. Après la guerre 39-45, il fallait reconstruire le monde, améliorer la qualité de la vie, retrouver dynamisme et espoir. Depuis les Trente Glorieuses, l’élan est retombé. La crise économique est devenue aussi une crise culturelle, politique et religieuse, On ne s’étonnera pas alors si les jeunes générations ne marchent plus sur les traces de leurs parents. Dans un texte contexte où l’avenir est compromis, comment ne pas perdre confiance ?



[1] Paul RICŒUR, La mémoire, l’histoire, l’oubli, Le Seuil, 2000, p. 60.

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